Guide linguistique

Chères professionnelles
chers professionnels des médias

Vous avez choisi d’aborder le thème de la transidentité, transsexualité ou transgenre et nous nous en réjouissons !

En présentant au public notre réalité de façon documentée, objective et nuancée, vous nous aidez à déconstruire les préjugés qui nous concernent et donc à lutter contre la discrimination. Votre travail peut ainsi avoir des effets positifs tant sur notre communauté que sur la société en général.

Ce texte a pour but de vous aider à choisir des formulations et une terminologie respectueuse pour parler des personnes trans*, c’est-à-dire transidentitaires, transgenres ou transsexuées.

Nous nous tenons bien entendu à votre disposition si vous désirez d’autres informations ou avez-vous encore des questions (pour contacter directement Transgender Network Switzerland : medien@transgender-network.ch Successfully Encoded).

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Huit formulations erronées à éviter concernant les personnes trans*

Les formulations ci-dessous sont fréquemment utilisées concernant les personnes trans* ; cependant elles sont inappropriées. Nous vous proposons ici des alternatives.

  1. Parler de femmes trans* comme s’il s’agissait d’hommes ; parler d’hommes trans* comme s’il s’agissait de femmes

Attention aux pronoms, aux noms et aux expressions utilisées. Chacune de ces formulations erronées donne l’impression que le genre réel de la personne est celui qui lui a été assigné à la naissance en fonction de caractéristiques sexuelles et corporelles. Ne pas reconnaitre que le genre ressenti et vécu est celui qui détermine le sexe global d’une personne est un faux-pas extrêmement blessant, qui heureusement devient de plus en plus rare.

À éviter « Un homme trans* est une femme, qui se rend compte une fois durant sa vie qu’elle aimerait vivre en tant qu’homme. »

Nous proposons :
« Un homme trans* est un homme, auquel on a assigné le sexe féminin à la naissance sur la base de ses caractéristiques corporelles. »

À éviter : « Mon amie est aussi un homme trans* ; mais je la connaissais déjà avant son coming-out. »

Nous proposons :
« Mon ami est aussi un homme trans* ; mais je le connaissais déjà avant son coming-out. »

À éviter : « La championne mondiale de saut à la perche Yvonne Buschbaum, qui vit en tant qu’homme depuis 2007 […] »
Nous proposons :
«
Balian Buschbaum, qui était champion mondial de saut à la perche féminin avant sa transition […] »

 

  1. « Elle est née en tant qu’homme / garçon » ;

« Il est né en tant que femme / fille ».
Tous les êtres humains naissent en tant que bébé et apprennent durant leur enfance, avec plus ou moins d’insistance, à devenir des filles ou des garçons. Après la puberté, la plupart deviennent des femmes ou des hommes par eux-mêmes.

Le fait qu’on ait assigné le sexe féminin ou masculin à une personne trans* au moment de sa naissance est certes souvent problématique, mais justement pas décisif. Le problème réside précisément en cela que l’assignation a été effectuée de manière erronée.

Nous proposons :
« On lui a assigné (ou attribué) le sexe masculin / féminin à la naissance. » ;

« Elle a été considérée comme un garçon à la naissance, en fonction de son apparence / de son corps / de ses caractéristiques biologiques. » et vice versa « Il a été considéré comme une fille… ».

 

  1. « Auparavant, elle était un homme » ;

« Avant sa transition, il était une femme ».
L’idée que les personnes trans* avaient auparavant un autre sexe suggère de manière erronée que « les personnes trans* ont d’abord un sexe puis l’autre ». Ce changement étonnant, qui peut paraître très fascinant pour l’observateur externe, n’est cependant pas ressenti comme une modification interne pour le vécu de la personne trans* concernée. Les personnes trans* remarquent avant tout qu’elles peuvent désormais vivre au grand jour et montrer ce qu’elles avaient depuis toujours ressenti et vécu en leur for intérieur.

« Nous ne changeons pas ; simplement nous exprimons enfin ce que nous avons toujours été. Nous vivons une identité qui nous a amenés à dire que nous sommes trans*. »

Nous proposons :
« Auparavant, elle vivait en tant qu’homme. » ;

« Avant sa transition, il menait une vie de femme. ».

 

  1. « Les hommes qui deviennent des femmes » ;

« Les femmes qui deviennent des hommes ».
« Je ne connais aucun moyen de faire d’une femme un homme ni de rendre un homme femme. » – Des déclarations comme celle-ci, qui ne mettent l’accent que sur l’aspect corporel, contribuent à transmettre l’idée erronée que c’est sur la base de caractéristiques observables que le soi-disant véritable sexe d’une personne pourrait être défini. Ainsi reste méconnu le point fondamental de la thématique trans* : l’identité de genre.

Nous proposons :
« les femmes trans* » ; respectivement « les hommes trans* ».

 

  1. « Changement de sexe »

Il ne s’agit qu’un homme devienne une femme à travers une opération chirurgicale ou un traitement médical. Parfois cela requiert effectivement des mesures médicales d’adaptation corporelle ; parfois ce n’est pas le cas.

Nous proposons :
« transition » (terme plutôt général), ou

« (procédure de) réassignation sexuelle » (terme qui évoque une procédure médicale, et surtout chirurgicale).

 

  1. « Transsexuel·le »

Il est particulièrement difficile pour les médias de renoncer à utiliser ce terme qui est largement connu. D’ailleurs bien des personnes trans* elles-mêmes l’utilisent pour cette raison. Cependant, ce terme comporte trois désavantages majeurs. Tout d’abord, sa forme le rapproche des termes eux aussi bien connus d’« homosexuel·le » ou « bisexuel·le », alors que la notion de fond n’est pas l’orientation sexuelle ou l’attirance érotique, mais plutôt l’identité de genre. Ensuite, un mot qui se termine par « sexuel » tend à suggérer qu’il s’agit de sexualité, alors que ce serait par « sexué » que devrait se terminer un terme qui évoque le sexe. Enfin, ce terme a dès son origine servi à désigner le fait d’être trans* comme un grave trouble de la personnalité ; or la transidentité en soi ne constitue pas une maladie. Les expert·e·s de la santé s’accordent désormais sur ce point de vue ; et pour cette raison, ce terme ne figurera plus parmi les troubles psychiques dans la prochaine édition du catalogue diagnostique de l’OMS.

Nous proposons :
« Femme trans* », « homme trans* » ou « personne trans* » ;
« transgenre », « transidentitaire » ou encore « transsexué·e ».

 

  1. « Vivre dans le sexe souhaité »

Les personnes trans* n’ont pas davantage le choix de leur sexe que les autres.
(les personnes cisgenres).

Nous proposons :
« Vivre en accord avec son identité de genre ».

 

  1. « Sexe de naissance »

Parler de « sexe de naissance » évoque qu’une personne serait née dans un certain sexe. Cependant, s’il existait un « sexe de naissance » et qu’une personne vivait par la suite dans une autre identité sexuelle, il y aura alors durant sa vie deux sexes différents ; or ceci ne correspond pas à la description que peuvent faire la plupart des personnes trans* de leur situation. En général, les personnes trans* expriment que le sexe qui leur a été assigné à la naissance n’a jamais correspondu à leur expérience vécue intérieurement. Parler de « sexe de naissance » sur la base de caractéristiques sexuelles biologiques revient une fois de plus à ne pas accorder la place fondamentale à l’identité de genre (ou identité sexuelle).

Nous proposons :
« Sexe assigné (ou attribué) à la naissance ».

Conclusion

S’exprimer correctement sur la thématique trans* n’est pas fondamentalement difficile, si l’on en comprend le sens. Lorsque l’on a compris que le sexe assigné par autrui à la naissance peut ne pas avoir correspondu avec l’expérience intérieure d’une personne trans*, on peut prendre note que certaines formulations sont inadéquates de par les suggestions qu’elles impliquent. Ainsi, il n’est simplement plus logique de parler de changement de sexe » ou de « sexe souhaité », dès lors que l’on a intégré le concept que la personne trans* n’a connu durant sa vie que l’identité de genre avec laquelle elle s’applique à vivre en harmonie.

(N.B. – Bien sûr, on trouvera des personnes trans* dont la trajectoire peut inclure la notion de modification de sexe, mais cette complexité propre à la variété humaine ne devrait pas pour autant affaiblir l’idée que ce n’est pas là l’expérience trans* communément répandue.)

Informations plus détaillées

Formulation

Les hommes trans* sont des hommes. On les désigne donc par le pronom masculin (« il ») et le titre masculin (« Monsieur »). Leur identité de genre est « masculine ».

Les femmes trans* sont des femmes. On les désigne donc par le pronom féminin (« elle ») et le titre féminin (« Madame »). Leur identité de genre est « féminine ».

Ce type de formulation s’applique à la vie entière de la personne concernée. Ainsi, une femme trans* n’a jamais été un homme, même si elle est née dans un corps d’homme. Les allusions à l’autre genre sont à éviter (p.ex. « elle a encore des mouvements très masculins » ou « il parle comme une vraie pipelette »).

Cette règle est toujours valable, sauf bien sûr si la personne concernée a explicitement demandé un autre type de formulation.

Il y a autant d’identités de genre que d’individus. Demandez à la personne concernée comment elle se définit et en quels termes elle souhaite qu’on parle d’elle. Certaines personnes se définissent clairement comme « femme » ou « homme », alors que d’autres se perçoivent comme « les deux », « aucun des deux » ou « entre deux ».

Les personnes trans* ont droit au respect de leur sphère privée. En particulier, elles ne sont pas obligées de révéler des détails sur leurs opérations ou l’apparence de leurs organes génitaux. Ce qui est déplacé ou indiscret pour une personne non trans* l’est aussi pour nous.

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Identité de genre et consentement

Est-il vraiment indispensable de mentionner dans votre texte que telle personne est trans* ? Si ce n’est pas le cas, ne le faites pas.

La personne concernée est-elle d’accord d’apparaître dans les médias en tant que trans* ? N’oubliez pas qu’il peut être très désagréable et blessant de voir son identité de genre révélée à son insu.

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Termes principaux

Sexe : Le sexe d’une personne est l’ensemble des caractéristiques biologiques et physiologiques qui font que cette personne est considérée comme femelle, mâle ou intersexuée.

Genre : Le genre d’une personne est déterminé par le rôle social, les comportements, les activités et les attributs qu’elle adoptent et qui font d’elle une personne masculine, féminine ou androgyne, selon les normes en vigueur dans une société donnée à un moment donné.

Trans* : On dit d’une personne qu’elle est trans* lorsque son identité ressentie et/ou son apparence ne correspond pas au sexe qui lui a été assigné à la naissance. Le mot trans* est un terme générique regroupant les personnes transsexuées, transidentitaires et transgenres. De nombreuses personnes trans* refusent d’utiliser le terme transsexuel·le, estimant que l’identité de genre n’a rien à voir avec la sexualité.

Transgenre : Hyperonyme désignant toutes les personnes trans* (comme c’est le cas dans Transgender Network Switzerland). Le terme transgenre désigne également :

  • les personnes qui ne souhaitent se définir ni comme « homme », ni comme
    « femme » ;
  • les personnes trans* qui désirent n’effectuer qu’une partie du parcours médical de réassignation ou ne désirent avoir recours à aucune mesure médicale.

Homme trans* : Personne ayant une identité de genre masculine, mais dont le sexe biologique était féminin à la naissance.

Femme trans* : Personne ayant une identité de genre féminine, mais dont le sexe biologique était masculin à la naissance.

Travesti·e : Personne portant temporairement des vêtements ne correspondant pas à son sexe biologique. La plupart des travesti·e·s vivent dans le genre attribué à leur naissance le reste du temps.

Transition : Le processus de réassignation sexuelle – c’est-à-dire l’ajustement de l’apparence et de l’expression du genre mal assignées à la naissance vers une identité harmonieuse qui correspond à l’identité ressentie – est une transition complexe et de longue durée. Le terme « transition » comprend le processus dans sa globalité, intégrant notamment ses aspects personnels, médicaux et juridiques.

Lien vers des informations plus détaillées à ce sujet

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Il ne faut pas mélanger transidentité et…

  • sexualité ;
  • intersexuation ;
  • orientation sexuelle. L’orientation sexuelle d’une personne fait référence à ses attirances érotiques. Une personne trans* peut être hétérosexuelle, homosexuelle, bisexuelle, etc. exactement comme n’importe quelle personne non trans*.

Termes adéquats / termes à éviter

Dans un aperçu court vous trouvez mentionné ci-dessous des termes qui ne sont pas de mise avec de différentes alternatives positives adjointes.

adéquat à éviter
(Personne) transgenre, (personne) trans*, homme trans*, femme trans*, homme transgenre, femme transgenre toute terminologie utilisée par la personne elle-même Travesti·e, travelo, « personne dutroisième sexe », transsexuelle,transsexuel (de nombreuses personnes trans* refusent d’utiliser le terme transsexuel·le, estimant que l’identitéde genre n’a rien à voir avec la sexualité)
Homme cisgenre, femme cisgenre, Homme normal, femme normale, vraie femme, vrai homme
Réassignation sexuelle, réattribution sexuelle Changement de sexe
Sexe biologique / génétique, sexe attribué à la naissance Sexe d’origine / de départ / de base / d’avant la transition / « vrai sexe »
Identité de genre, genre ressenti, expression de genre Sexe opposé, nouveau sexe, sexe désiré
Formulations, tournures et adjectifs épicènes comme : la personne, l’ado, l’enfant, l’être humain… Formulations, tournures et adjectifsfaisant référence au sexe attribué à la naissance, comme « fils », « frère », « le collègue » pour une femme trans* ou « jeune femme », « voisine », etc. pour un homme trans*
« A la naissance, Nicolas s’est vu attribuer le sexe féminin. » « Nicolas est née fille », « le vrai sexede Judith est masculin », « Pamela est en réalité un homme »
Prénom correspondant à l’identité de genre ressentie Prénom reçu à la naissance

 

Certaines expressions sont utilisées par une partie des personnes trans* et rejetées par d’autres. C’est notamment le cas de « né·e dans le mauvais corps », « F to M » (pour female to male = homme trans*) et « M to F », « transition homme vers femme », « Céline a vécu en tant qu’homme pendant x années ». En cas de doute, la meilleure chose à faire reste de demander l’avis de la personne concernée.


Comment parler des personnes trans*?

Evitez les expressions pathologisantes comme « patient·e », « trouble de l’identité de genre », etc. Beaucoup de personnes trans* ne souffrent pas. Leurs vies sont faites de hauts et de bas, comme celles de n’importe qui. Ne faites pas systématiquement d’elles des victimes !

N’essayez pas de faire correspondre une personne trans* aux stéréotypes masculins et féminins. Les femmes trans* ne s’intéressent pas qu’au maquillage et au shopping ; les hommes trans* ne parlent pas que de football et de voitures. Un être humain ne se résume pas à son identité de genre.

La plupart des personnes trans* ont des vies parfaitement ordinaires. Toutes ne se prostituent pas pour gagner leur vie. Les articles sensationnalistes les présentant comme des bêtes de cirque ou comme des marginaux·ales ne reflètent pas la réalité.

Exemple de formulation respectueuse : – Marco, 25 ans, s’est vu attribuer le sexe féminin à la naissance. Cela fait 6 mois qu’il prend de la testostérone, l’hormone sexuelle mâle, afin de faire correspondre son apparence à son identité de genre ressentie. Il sait depuis l’adolescence qu’il a une identité masculine. Sa mère a bien réagi à la nouvelle et s’adresse à lui en utilisant « Marco » et le pronom masculin. Marco a également décidé d’entreprendre des opérations chirurgicales de réassignation sexuelle.

Exemple de formulation à éviter : Sarah, 25 ans, a décidé de devenir « Marco » il y a 6 mois. Elle a alors commencé à prendre de la testostérone, l’hormone du sexe opposé, afin de masculiniser son corps et de pouvoir vivre en tant qu’homme. Elle sait depuis l’adolescence qu’elle veut changer de sexe. Sa mère a bien réagi à la nouvelle et parle de sa fille en utilisant son nouveau prénom et le pronom masculin. Afin de devenir un homme pour de vrai, Sarah a décidé de se soumettre à plusieurs opérations chirurgicales.

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Avez-vous encore des questions d’ordre général ou linguistique sur la transidentité ou l’identité de genre ? N’hésitez pas à nous contacter !

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